À PROPOS DE "BETHANI"...

 

REVUE "EUROPE"

sept/oct 2019

par Michel MÉNACHÉ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA REVUE DE POESIE & DE CRITIQUE

d’Angèle PAOLI

15e année  ― n° 173 - avril 2019

Terres de femmes | Terre di donne

 

Martine-Gabrielle Konorski, Bethani

Lecture d’Angèle Paoli

 

DIRE EN BETHANI LE POSSIBLE RECOMMENCEMENT

Dire Bethani, chanter Bethani, nommer Bethani. Errer vers Bethani. Attendue, espérée de longue date, la ville au loin guide le peuple en marche. Pareille à une étoile fidèle, visible de tous, tout à la fois accessible et inaccessible. Le murmure de son nom attise le désir. Attise aussi la douleur. Bethani, rejoindre la ville et retrouver la maison. L’unique. La seule possible. BETH-ANI. La Maison de l’Affliction.

En un long poème inspiré, la poète Martine-Gabrielle Konorski est ici celle qui nomme. Son dit porte le nom de Bethani. Le poème se fait ainsi psaume. Suit un second poème, intitulé Le Bouillon de la langue. 

Par sa parole et par son chant, Martine Konorski s’institue chantre de l’histoire. L’histoire d’un peuple en marche. Une longue marche, une anabase réelle ou rêvée, archétype de toutes les marches, résonne en nos mémoires oublieuses et absentes. Une marche dans le désert, qui s’étire dans le hors-temps de l’Histoire et qui dit l’humanité en quête de son lieu d’être. Comment nommer Bethani ? Comment inscrire le nom de Bethani dans les circonvolutions de la mémoire ? Seule la poésie, portée par le souffle et le sel qui la fécondent, peut faire jaillir sur la page, en une suite de poèmes que rythme leur musicalité propre, les traces effacées par le vent des sables. Les strophes se succèdent, brèves, économes de mots mais non d’images. Souvent isolés, les mots s’inscrivent en retrait dans les vers les plus longs.

La chronique de cet exode est prise in medias res, alors même que le peuple — innommé, sinon par le pronom indéfini « eux » ou par le nom de « caravane » — est en marche. Au commencement est la route, au commencement est son sillon de poussière, la traînée de cailloux déplacés, les crissements d’essieux et les grincements de roues, les obstacles. Un futur imaginaire dessine les promesses de portes entrouvertes pour l’accueil. Ivresses et larmes conjuguent tout ensemble leur présence. Le paysage est celui d’une terre aride d’où émergent les frondaisons des oasis. Pays du soleil implacable et de la soif. Pays des transhumances et des migrations nomades, qui avancent tout en lenteur, de puits en citernes, sur les croûtes brûlantes de la terre. Avec un rêve. Rejoindre Bethani.

En lisant le récit de cet exode, je songe à la peinture murale de Delacroix — La Lutte avec l’Ange —, à cet arrière-plan où se vit la longue remontée de la tribu de Jacob à la rencontre d’Esaü, son frère, cheminement hasardeux à travers les trouées de lumière, où se bousculent chevaux et chameaux, « petit et gros bétail ».

« Dans la fournaise

les hommes du vent

font confiance aux chameaux

Tous avancent somnolents

aimantés

par l’horizon

des jours qui passent ».

Le nom de Bethani scande le rythme de la marche. Il revient en leitmotiv, sous-jacent à d’autres mots qui dessinent avec lui une frise — frise géographique, frise historique, frise poétique. Main, sable, larmes, frontières, exil, désert, trace, empreintes, chagrin… Pourtant, malgré ces stèles qui ancrent le poème dans un espace tout autant connu que désiré, le paysage échappe. Même si au passage le lecteur croise la vigne et l’olivier, le shofar, le Temple et les noms de David et de Salomon. Quelques vers plus loin, avec l’allusion explicite aux « Esclaves d’hier » et à la fuite hors d’Égypte ne subsiste plus de doute. Le peuple en route vers Bethani est bien le peuple hébreu.

Deux vers, peut-être, pourraient à eux seuls nommer cette double quête, celle du peuple nomade comme celle de la poète :

« Intraduisible rêve

cette route de Bethani. »

Intraduisible sans doute, parce que le rêve recèle en lui sa part de souffrance et de misère. Mais aussi sa part de violence et de sidération. Rejoindre Bethani est une entreprise douloureuse, semée d’embuches et de luttes. Qui dit le déchirement, la perte d’identité, l’errance, et jusqu’à l’éradication :

« Bethani

Survivre à l’effacement. »

D’où l’importance, toute biblique, de nommer. Comme dans ces versets de la Genèse, où « Celui » qui heurta la hanche de Jacob dit à ce dernier :

« Quel est ton nom ? » — « Jacob », répondit-il. Il reprit : « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu l’as emporté. »

Minée par le doute et par l’« inespérance », la caravane qui progresse conduit avec le ciel un « dialogue d’éther », d’incandescence, de feu et de larmes. Au bout de la nuit survient un nouveau souffle. 

Une lueur d’espoir annonciatrice de la reconstruction. Une parole bienfaitrice qui renaîtra de ses blessures. Bethani surgit au lendemain d’intenses traversées. 

Une lumière s’accorde pour dire en Bethani le possible recommencement.

 

SITAUDIS

 

« Bethani », suivi de Le bouillon de la langue, Martine Konorski, Le Nouvel Athanor, 2019

 

 

« C'est la route de Bethani / qui s'ouvre devant eux » : les deux premiers vers du dernier recueil de Martine Konorski plantent d'emblée à la fois le décor et l'objectif. Le village, à trois kilomètres de Jérusalem, fut notamment le théâtre de la résurrection de Lazare dans l'Evangile selon Saint Jean et a pour nom hébreu Beth Ania ou « la maison de pauvreté ». C'est la marche vers ce lieu que raconte la première partie, la plus longue, du livre. Un voyage difficile, comme l'annonce le champ lexical des deux premières pages : « poussière », « larmes », « brûlera », « fumée » mais qui va s'effectuer avant de « Rejoindre l'oasis ».

 

Ce dernier mot montre qu'il s'agit bien d'un rêve - on lira plus loin « Intraduisible rêve » - et dès la troisième page se pose alors une question : « Y aura-t-il une demeure ? ». Mais l'assertion qui suit, « Le voyage sera long » est pondérée par la présence spirituelle et adjuvante du « son / d'un cantique » et de psaumes.  

 

La poète, par ailleurs, avec l'art qu'elle possède à maîtriser la chute, laisse entrevoir l'espoir, dans son « attente / millénaire », qui permet d'affronter le désert : « Coulée de ciel vers Bethani », « Espérer Bethani », ou encore « Bethani en deça    en delà » .  On doit également noter qu'une mise en page aérée permet dans cette « fournaise » de respirer quand des vers isolés et des rejets principalement à droite de la ligne laissent autant de blancs qu'il convient d'avoir de souffles.   

 

Mais Bethani n'est-elle pas un mirage, une sorte d'horizon impossible à atteindre puisque « Toujours (elle) s'éloigne »  ?  Rien cependant ne peut entamer le courage et la persévérance nécessaires à la réalisation de l'objectif. Cette longue et belle strophe en témoigne : 

 

Retrouver Bethani

Une course 

au goût de sel

sur les rives éloignées des dunes

                   trébucher seulement

Sous le cri des chameaux

le poids des corps

                  se dépose

                   flaques d 'ombres

brisées à chaque 

pas

 

et la chute optimiste :

 

les larmes sont de joie

                  en lames à nos chevilles

 

s'explique dès l'incipit du poème suivant qui donne, par l'acte de performer, la possibilité d'une solution : « Nommer Bethani / dans le chant » . Ainsi reste-t-il pour les voyageurs à avancer, « consolés / par les feux / du désert ». 

 

La seconde moitié de cette première partie révèle encore des surprises. Le thème du lieu y est exploité jusqu’à ses limites : « Bethani / Un non-lieu éphémère ? ». Ces vers annoncent le « non-être » duquel plus loin la fin de la marche marquera l’adieu. Car la terre est aussi ce lieu qui s’exprime par les mots les plus concrets. Cette « terre / noire », en effet, avec ses « éclats de boue ». Ainsi le corps et l’esprit sont-ils encore en danger quand « La parole s’abolit », que « Les chants se taisent » et qu’il s’agit bien, en un magnifique oxymore, d’une « langue du silence ».

 

Mais une certitude se fait cependant à la pensée de l’Eden tout proche : il y aura « une pluie de mots pour demain ». Grâce également à la « la main des étoiles » et au « cri des oiseaux » qui permettent de lutter contre le piétinement. L’odeur du miel et la présence des oliviers sont les indices du rêve prêt à devenir réalité.

 

L’Histoire, avec ses crimes, va en effet se refermer et « les ombres se dissoudre » quand le chemin, symbole d’initiation, s’achèvera. Dans Une lumière s’accorde, le recueil précédent de Martine Konorski, l’importance d’un monde à rencontrer se formule déjà conjointement à celle de la mémoire et des racines.  

Alors, dans la ville où vieillir, « L’Un » enfin sera puisque, exilés mais joyeux, « Nous serons devenus » pour enfin construire. 

 

Le bouillon de la langue, seconde partie de treize pages, tout en étant par définition un éloge de la parole poétique, détourne la question d’Adorno et dit : « Pourras-tu encore regarder / par la fenêtre ? » Il s’agit, sans oublier l’horreur, de « réparer le temps » par l’écriture, encre et sang mêlés.

 

Déchiffrer l’illisible

brasiers ou

         charniers...

Les mots pour

déployer

tous les envols

 

Car il reste toujours à dire, même la nuit, même le vide. Et si l’aube enfin pointe c’est qu’un jour va commencer.  

                                                                               

France Burghelle Rey © (août 2019)

 

https://www.sitaudis.fr/Parutions/bethani-de-martine-gabrielle-konorski-1567049653.php

 

POEZIBAO

jeudi 27 juin 2019

Note de lecture

Martine-Gabrielle Konorski, Bethani suivi de Le bouillon de la langue, par Pascal Boulanger

Martine-Gabrielle Konorski entend les cris effacés du silence, mais ce silence singulier est capable de donner naissance au poème. Comme il s’agit, en poésie, de sortir de l’emphase et de l’éternel reportage, l’écriture, aux semelles déchirées, se fait cris, sanglots, psaumes, clameurs sauvages poussées vers le ciel. Car il y a bien une industrie de la falsification et de l’oubli à laquelle il faut opposer une méta-physique de la traversée. Dès le titre : Bethani, une vision de l’histoire, comme reconduction de l’enfer sur terre, se révèle. Beth Ania (nom hébreu de ce lieu) et Béthanie (là ou se jouera la résurrection de Lazare) dessine à la fois un cheminement et une quête, vers le lieu même du poème, de son mouvement, de sa résonnance et de son écho. Et de son adresse tout autant, ne prêche-t-on pas dans le désert, quand on est prophète ou poète ? Le poème, c’est ce qui reste dans un désert de poussière et de cendre, quand l’histoire a tatoué ses crimes sur les vivants. 
Il s’agit de garder en mémoire ce qui a été traversé, même si l’histoire événementielle, qui ne fait pas de quartier, efface les traces de son furieux passage. Tout est fumée dans la foule immergée et souillée de charniers mais la poésie n’est-elle pas le fondement qui permettra de supporter l’histoire ? Le temps de l’écriture n’est pas le temps de la chronologie, ni le temps de l’oubli ou de l’ennui spectaculaire. Konorski, en pensant l’historial, prend en compte le travail du négatif et de sa mise en perspective sensible. 
C’est la périphérie (l’exil) qui fait sens ici et non le centre (la demeure, l’enracinement) introuvable. La raréfaction des signes, le recours aux vers décalés sur la page, les bribes de sensations et de perditions entrecoupées de silence, bref un certain traitement abrupt de la langue ébranle le tissu narratif afin de faire violence à la violence du temps et de son ressentiment. 


Lourdes traces
des marches
aussitôt effacées


L’errance forcée d’un peuple, son effacement, ne doit pas conduire au ghetto du blanc, au solipsisme d’une négativité sans emploi. Si les traces sur le chemin s’effacent, Le bouillon de la langue (deuxième séquence du recueil) est encore poème : mots pour déployer / tous les envols / dans nos têtes. Dès lors, la question qui nous est adressée peut se formuler ainsi : comment poursuivre l’existence en dehors des rythmes violents de l’histoire ? Peut-être en brisant symboliquement les chaines de toutes les époques, en postulant une métaphysique de l’exil, en méditant l’oubli afin de mieux garder la mémoire et en devenant, selon Franz Rosenzweig, des sans-patries du temps.

Liés déliés
Sous un baiser de brume
             les noms
Psaumes
au fond des yeux
            éteints
Entendre le bruit
           des larmes
Coulée de ciel vers Bethani


Pascal Boulanger

Martine-Gabrielle Konorski, Bethani suivi de Le bouillon de la langue. Préface d’Emmanuel Moses, Le Nouvel Athanor.

 

Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 27 juin 2019 à 11h04 dans Notes de lecture

https://poezibao.typepad.com/poezibao/2019/06/note-de-lecture-martine-gabrielle-konorski-bethani-suivi-de-le-bouillon-de-la-langue-par-pascal-boul.html

 

L'ÉVEIL

mardi 16 juillet 2019

 

 

 

 

 

 

Voir un extrait de la lecture organisée par l'Union des Poètes & Cie à l'occasion du 37ème Marché de la Poésie le 8 juin 2019 :

 

https://www.facebook.com/uniondes.poetes/videos/2083941228579388/?fref=search&__tn__=%2Cd%2CP-R&eid=ARDHl78xKB3KmteeZXeXN-yhBXdL4fyNyFS-N2NR7nQRq2Fa9jSBynaT3Ru7q_m5Vm7CbTaAwy6crce2

 

À L'OCCASION DE SIGNATURES ORGANISÉES EN NORMANDIE...

 

Article paru dans "L'Eveil de Pont-Audemer" (28 juin 2016)

À PROPOS DE "UNE LUMIÈRE S'ACCORDE"

 

LES CARNETS D'EUCHARIS, février 2016

Revue en ligne, présentation de « Une lumière s’accorde » et annonce de lecture en cours par Nathalie RIERA sur FaceBook

http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/

http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/apps/search/?s=martine+konorski  (vous pouvez aussi retrouver mon nom dans l'index des auteurs par pays)

À PROPOS DE "JE TE VOIS PÂLE... AU LOIN"

REVUE EUROPE, mai 2015

Note de lecture sur « JE TE VOIS PÂLE... AU LOIN », p. 338-339

Martine-Gabrielle KONORSKI

Editions Le Nouvel Athanor, 15€

La douleur qui imprègne le dernier livre de Martine-Gabrielle Konorski, traduite dans une langue, un souffle, par endroits, quasi prophétique(«  Jamais le songe n’embellira/Les paysages sombres/et leurs souffles glacés ») se place à la hauteur d'une terre en guerre et de son « Chaos », sans occulter l'enfer et son passeur : «  Une barque se renverse/L’univers prend l’eau.../Il est temps que je parte/Tu viendras me chercher ».

La tonalité globale est riche, puissante. Y alternent la mélancolie, la violence, la douceur aussi, d'images d'une concision exemplaire : « les flaques d’eau sont vides/du reflet des passants ». L'univers y est brûlant – « On ne voit rien/de plus brûlant/ que la mort /qui détruit l’instant », ou glacé – «  Lorsqu’autour de nous/tout se glace/ On ne voit rien » –, même si la tendresse avec laquelle la poète le contemple est apte à en provoquer le dégel : « Dans mes bras se /jette une statue de pluie ».

Tout au long de ce livre, le grave et le léger alternent, le quotidien s'immisce où on ne l'attend pas – « La ville s’est endormie dans les rideaux », l'innocence de l'enfance, ses rêves, croisent la vie qui va implacablement à la mort : «  Le bruit des bicyclettes tinte/à nos oreilles pleines.../Tu t’approches sur la crête/de l’horizon rougi/qui signera notre heure ».

Et pourtant, malgré la dureté de certains poèmes, il y a dans ce va et vient entre souvenirs, réalité, visions, une détermination, une force qui est la marque de ce très beau recueil et le situe du côté du présent et de ses impatiences – « Ouvrez toutes les portes/Ecrivez tous les mots/Qu’il en pleuve des seaux/pour inonder la terre/Il n'y a plus temps /Laissez-moi passer... » –  ainsi que d'un avenir où le rêve serait redevenu possible, «  Comme pour nous rappeler/la blancheur oubliée/du seul rêve/qui vaille ».

Brigitte GYR

LES CAHIERS DU SENS, numéro du 25ème anniversaire, mai 2015, p.206-207

Note de lecture sur « JE TE VOIS PALE… AU LOIN », 

Martine-Gabrielle KONORSKI

Editions Le Nouvel Athanor 2014, 15€

 

Livre de douceur et de douleur arrivant après un long silence poétique. Il s’exprime tout en délicatesse « à la lisière ». Ce sont des paroles d’humanité et nous en avons bien besoin.

On perçoit très vite que Martine-Gabrielle Konorski a l’oreille musicale, mais sa musique connaît les espaces de l’ombre :

« Douleur vieillie

            recousue de lumière »

Ces mots sont très beaux, délicats aussi. D’une tristesse acceptable, si l’on peut accepter que la tristesse s’arrête juste au bord de l’effusion :

« C’est un air

            qui affleure

soudé

            derrière la tête

 

Notes écloses

            à la corde

du vent

 

Front tremblé de l’écho. 

Le noir est là

« dans l’ombre

Encre de chine »

mais il trace quelque chose en forme d’espoir, poème survivant à tout pour emporter le monde.

 

C’est une poésie d’automne musicale et souvent habitée d’un rythme alexandrin.

Pourtant surprise parfois de se trouver dans la contradiction du temps passé et du temps à venir à ce point juste dans l’échancrure des mots de souffrance, évoquée avec politesse pour ne pas nous heurter, mais de façon comment dire, énergique malgré tout.

« Paroles resserrées

dans la gorge »

 

L’amour traverse le cours de ce recueil, pour ceux du monde aimé présents, passés, unis d’avoir une même façon d’exister. Nous ne sommes pas exclus de l’amour, mais spectateur « au versant de la pierre écritoire ».

 

Avec Martine-Gabrielle KONORSKI, détenons le vide et le matin se lève un peu comme l’enfant de la Bible qui voulait vider la mer avec un coquillage.

           

Paul de BRANCION 

TERRE A CIEL, Poésie d’aujourd’hui, Lus et approuvés, juillet 2015

Note de lecture sur "JE TE VOIS PALE... AU LOIN"

Martine-Gabrielle KONORSKI

Editions Le Nouvel Athanor, 2014

http://www.terreaciel.net/ 

 

Le Prix « Poésie-Cap 2020 » a été attribué à Martine-Gabrielle Konorski pour son recueil « Je te vois pâle… au loin ». Ici, tout est suggéré, par petites touches impressionnistes, rien n’est vraiment dévoilé, sans doute en raison de l’extrême pudeur de l’auteur. Ce qui transparaît, c’est une grande sensibilité, et le souci de rester à la source des lèvres / où la parole se tient. Nous pouvons retenir des questionnements sur la manière que nous avons parfois de vivre alors que tout pourrait être plus libre, plus joyeux.

____

Pourquoi ne faut-il pas
que l’on se dise Tu

Pourquoi ne faut-il pas
sangloter sous l’orage,
en se tenant les mains

____

Pourquoi ne faut-il pas
que l’on se dise Tu

Pourquoi ne faut-il pas
sangloter sous l’orage,
en se tenant les mains

s’allonger sur l’asphalte
et crier à tue-tête
pour faire venir la paix

Pourquoi vivre tout bas.

____

Oui, il y a bien une réticence que le poète voudrait faire céder. Laissez-moi passer, Reviens, disent le désir de rompre avec un ordre imposé, subi. Parce que le temps n’attend pas. Et que l’on se rend compte, parfois trop tard, que l’on n’a pas su saisir l’opportunité de vivre.

____

Il est tard… trop tard

Te souviens-tu
du cri

à la lisière
de nous

Au centre de l’anneau
la poussière des jours

cueillis à notre enfance.

____

Je te vois pâle… au loin dit aussi la beauté essentielle qu’il faut savoir retenir, chaque parcelle de cette beauté soigneusement déposée dans un écrin : Au milieu du chemin / Des aubépines en fleurs. Pour que, même dans la nuit noire, celle-ci continue de briller. Lumière malgré tout.

 

Valérie CANAT de CHIZY

PHOENIX, CAHIERS LITTERAIRES INTERNATIONAUX, numéro 19, automne 2015

Note de lecture sur « JE TE VOIS PÂLE… AU LOIN »

Martine-Gabrielle KONORSKI

"Notes en Archipel", p.147

Editions Le Nouvel Athanor

 

Lauréat d’un prix « Poésie - Cap 2020 », ce recueil vous tend un piège subtil d’un lyrisme feutré. « on ne voit rien/ de plus poignant/ que ces paroles légères/ posées à plat/ sur un papier/ criblé de tâches » : ce début d’un poème (p.14) donne le ton et l’esprit de ces évocations que la « pâleur » - énoncée par le titre- maintient dans l’entre-deux d’une présence diminuée jusqu’à l’effacement. Le désarroi, la déshérence, l’épreuve du deuil ou le rappel d’amours enfuis font éclore des images inattendues, éloignant tout cliché et témoignant d’une vigueur d’écriture qui fait front à la mélancolie, barrage à l’effusion incontrôlée. L’auteur dit magnifiquement : « Etreindre l’éphémère/ C’est tout ce que je t’offre ». Il n’y a rien « qui pèse ou qui pose » dans l’atmosphère un peu verlainienne des vers de Martine-Gabrielle Konorski, poète que Jean-Luc Maxence, éditeur et préfacier, nous invite à suivre, fort de l’espérance qu’elle est une des voix capables d’adoucir notre relation au monde ».

 

André Ughetto

TEXTURE, Mes lectures, septembre 2015

Note de lecture sur "JE TE VOIS PÂLE... AU LOIN"

Martine-Gabrielle KONORSKI

http://revue-texture.fr/mes-lectures-2015.html

 

Les chassés-croisés de l’amour, les approches, les éloignements, les vacillements, tout comme le deuil qui faufile certains poèmes, les silences de l’enfance peut-être, et les allusions rapides au « dévissement du monde », sont à l’œuvre dans ce recueil de Martine-Gabrielle Konorski, dont le titre, même s’il n’est pas sans rapport avec les thèmes principaux, me paraît un peu…. pâlichon. 
Jean-Luc Maxence qui préface le livre parle avec raison de « pudeur » dans l’expression des sentiments. C’est vrai, mais c’est aussi question de style. L’écriture ne s’attarde pas en effet : l’auteure pose ses notations brèves, comme autant d’instantanés, et poursuit sa route. Cependant, la justesse a fait mouche le plus souvent, ainsi des muettes silhouettes des passants qui passent avec « sous les bras tant de quêtes illusoires ». Oui, j’aime ces images qui n’insistent pas, effleurent à peine, comme « la ville s’est endormie dans les rideaux » ou « l’ombre éteint les réverbères ». Ces poèmes où l’hirondelle ne trace « qu’un rai d’écume » tandis que « reste indemne l’éternité ». Ils sont lumineux quand un « sourire de printemps recrée l’eau des fontaines ». Moins sereins quand ils baignent dans la lumière de l’automne qu’on reconnaît à ce que « les bogues sont ouvertes / écrasées  ». Mais certains sont aussi hantés par l’absence : « est là ce qui n’existe plus », y lit-on. 
« Au loin », dit le titre. On a beau aimé, on ne coïncide jamais tout-à-fait à soi-même. Ni à l’autre, ni au monde. On doute « au bord de soi ». L’éloignement est comme une fatalité, ici. C’est la note bleue d’un beau recueil où il y a toujours comme une distance résiduelle avec tout, où la question demeure : « que faire pour se rejoindre ? » 
Ce livre a obtenu le prix "Poésie-Cap 2020" de l’émission webtélé du même nom. 

 

Michel BAGLIN

(Le Nouvel Athanor éd. 100 pages. 15€)

PAYSAGES ECRITS par Sanda Voica

Revue en ligne (note de lecture)

Radio "Fréquence Paris Plurielle" (Paris 106.3 FM)

Chronique sur "JE TE VOIS PÂLE... AU LOIN"

Emission "Le lire et le dire" du 2 janvier 2015

 

BLOG CHARYBDE2 (LIBRAIRE)

 « JE TE VOIS PALE… AU LOIN »

8/11/2014

Classé dans « amourcomme des exergues magiquesespoirhaïkuluciditépoésiepouvoir d'évocation »

https://charybde2.wordpress.com/2014/11/08/note-de-lecture-je-te-vois-pale-au-loin-martine-gabrielle-konorski/

 

Étonnant équilibre de puissance d’évocation et de subtile fausse simplicité, une poésie contemporaine un peu magique.

 

Publié au Nouvel Athanor, le deuxième recueil (à côté d’autres textes parus en revue) de Martine-Gabrielle KONORSKI fournit une excellente occasion de goûter à cette poésie subtile, à la fois très contemporaine et absolument sans âge, dont le préfacier Jean-Luc MAXENCE dit, avec une grande justesse : Elle pose la question des relations humaines : « Que faire pour se rejoindre ? Comment établir des ponts entre les êtres humains qui prétendent s’aimer ? Avec ces interrogations-là, elle aussi, « dans le dévissement du monde », demeure affamée de lumière. En cela, sa cible poétique est universelle. Elle représente peut-être une des voix qui adoucira notre relation au monde.

 

Ne voilant pas en effet la cruauté des vies et des situations, Martine-Gabrielle Konorski parvient à extraire des mots, que ce soit dans les trente-trois très courts poèmes de la première partie (« Je te vois pâle… ») ou dans les cinquante pages, minutieusement fragmentées, de la deuxième partie (« au loin »), usant d’une belle fausse simplicité, un peu de cette magie évocatoire qui fait trop souvent défaut à la poésie contemporaine, quand elle ne se réfugie pas dans un ésotérisme de mauvais aloi.

 

Ici, le mot résonne, et évite le plus souvent, grâce notamment à de magnifiques chutes textuelles qui savent prendre un air doucereux et redoutable de haïkai, les deux écueils, jumeaux maudits en poésie contemporaine, de la banalité plate et du mystère gratuit, pour composer une musique authentique, subtile, économe de ses notes et pourtant riche de sensation et d’intelligence, donnant aussi à lire, pouvoir de l’évocation, comme autant d’exergues possibles et bien vivants à tant de textes longs que l’on aime. . Une bien jolie découverte, fortuite pour moi qui ne suis pas un lecteur assidu de cette forme, mais qui donne nettement envie de se procurer le premier recueil de l’auteur, rare car longtemps accaparée par sa riche carrière professionnelle, « Sutures des saisons », publié en 1987.

Cantique MGK

En ouvrant la fenêtre

Jamais le songe n’embellira
Les paysages sombres
et leurs souffles glacés

Pas même une lumière suspendue
au clocher
ne deviendra la braise
d’une ligne céleste

Rien n’ouvrira l’espace

Restera le secret
d’une matinée sans bruit.

 

 

 

 

Oursins

On ne voit rien

On ne voit rien
de plus poignant
xxxxxxx que ces paroles légères
xxxxxxx posées à plat
sur un papier
criblé de tâches

On ne voit rien
de plus brûlant
xxxxxxxxx que la mort
xxxxxxxxx qui détruit l’instant

Il n’y a que le vent
xxxxxxxxx pour nous donner un peu de place

Lorsqu’autour de nous
xxxxxxxxx tout se glace
On ne voit rien.

 

 

 

Embrasure

Pourquoi

Pourquoi ne faut-il pas
que l’on se dise Tu

Pourquoi ne faut-il pas
sangloter sous l’orage,
en se tenant les mains

s’allonger sur l’asphalte
et crier à tue-tête
pour faire venir la paix

Pourquoi vivre tout bas.

 

DIVERS...

Web-TV "Poésie Cap 2020"

EMISSION "ETOILES DU COEUR"

 Le Prix "POESIE CAP 2020" est décerné Martine-Gabrielle KONORSKI

pour « Je te vois pâle ... au loin »

Editions Le Nouvel ATHANOR, 26 septembre 2014

Pour visionner cette émission, cliquez sur le lien : https://www.youtube.com/watch?v=e5agRO7Jg3Y

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